La fougue argentine au service du foot canadien

Arrivé d’Argentine vers l’âge de 10 ans, Arcadio Marcuzzi ne regrette pas une seconde d’être venu rejoindre sa mère au Québec au début des années 90. Il ne regrette pas non plus d’être retourné à Cordoba adolescent pour se reconnecter avec ses racines. Car aujourd’hui, l’« argentinité » dont il s’est doté avec les années fait partie de son intégration dans l’univers sportif montréalais.

Si vous avez déjà même pensé à regarder un match de l’Impact de Montréal, vous êtes probablement tombés sur Arcadio Marcuzzi sans le savoir, que ce soit au stade, à la télé, à la radio ou dans un café. Il a son style bien à lui, loin des Pierre Houde de ce monde. Un style forgé au son des radios sud-américaines.

« Le no cheering in the press box, moi, j’y crois pas dans le sport (…) Chez mon grand-père, le week-end, la radio était presque toujours allumée. C’était des matchs de foot qui jouaient. J’ai toujours eu une fascination pour ce média et pour le style de narration très passionné, très imagé », raconte l’analyste des matchs de l’Impact au 98,5 FM depuis maintenant six ans.

« C’est venu naturellement quand j’ai eu la chance de faire de la radio. Je me suis appuyé sur mes souvenirs, sur ce que j’avais en dedans de moi. Ici, tu ne peux pas en mettre trop, mais tu veux quand même donner une certaine couleur et ça, je pense que les gens apprécient », dit-il fièrement.

Évidemment, tout cela est adapté à la sauce québécoise, au contexte du marché montréalais. Mais aux yeux du principal intéressé, il peut se permettre de déroger du journalisme traditionnel, puisque les attentes des auditeurs sont différentes.

« Le journalisme sportif, ça reste, selon moi, dans le domaine de l’entertainment. Par exemple, en tant qu’analyste de l’Impact, je peux me permettre de ne pas être neutre. Je reste objectif, mais je veux que l’Impact gagne et ça ne dérange pas que ça paraisse. Après ça, quand j’ai des critiques, je les fais. Et je trouve qu’on peut se permettre d’être comme un peu un funambule. Parce qu’on ne fait pas de la politique, on ne parle pas de trucs qui sont vitaux pour la société, même si le sport c’est important », explique Arcadio Marcuzzi.

Un commentaire qui résonne d’autant plus sachant que les ligues sportives sont pour la plupart à l’arrêt en raison de la COVID-19 actuellement.

Pour le meilleur et pour le pire

C’est surtout par amour pour le sport qu’Arcadio met autant de passion dans ce qui est devenu avec le temps son travail, passant de son blogue Le footeur aux galeries de presse de la Coupe du monde et de la MLS.

Comme dans son animation, il reproduit les codes qu’il a connus en grandissant en Argentine et ceux acquis lorsqu’il est retourné vivre là-bas adolescent. Pour lui, le foot est d’ailleurs à l’image du pays, pour le meilleur et pour le pire.

« Aller à un stade en Argentine, c’est une expérience unique. C’est fort, c’est la passion pure. Mais le problème c’est, là où il y a de l’amour, il y a de la haine. » – Arcadio Marcuzzi

 

« En Argentine malheureusement, depuis plusieurs années, il n’y a pas de public visiteur qui peut aller dans les stades. On l’a perdu parce qu’on n’a pas su la préserver. En même temps, c’est à l’image du pays. Les trucs un peu louches qui se font dans le foot, on les a dans toutes les sphères de la société. Il y a une certaine dualité à être Argentin. Autant que le foot c’est magnifique, autant qu’il y a un côté très laid. Ça représente bien ce que c’est l’Argentine à tous les niveaux », ajoute-t-il.

Il faut dire que les enjeux sont grands lorsque les clubs, une vingtaine seulement à Buenos Aires, représentent tout un aspect de la vie sociale d’un quartier, que ce soit par les infrastructures sportives ou encore la formation académique offerte aux enfants du coin.

À titre de comparaison, Arcadio n’hésite pas à rappeler aux gens l’ampleur qu’a le hockey ici. L’impact du Canadien dans les médias. L’impact de la rivalité Montréal-Québec à l’époque. Et à cela, il faut ajouter un aspect financier important, le fait que plusieurs amateurs de foot en Argentine ont des parts dans leur club. On peut comprendre alors que la passion est encore plus importante.

En même temps, l’analyste est très conscient qu’il n’aurait peut-être jamais atteint ce succès s’il avait fait sa vie en Argentine plutôt que de suivre sa mère au Québec lorsqu’il était jeune.

« Je suis vraiment choyé de faire ce métier. En Argentine, c’est plus compliqué. C’est comme vouloir couvrir le Canadien ici. Il y en a beaucoup qui y aspirent, mais très peu qui se rendent. J’ai été chanceux, c’est beaucoup une question de timing. [Quand j’ai commencé], il y avait très peu de journalistes spécialisés en soccer », sourit-il.

Passer le flambeau à sa fille

Aujourd’hui père de famille, cette double identité qui fait sa force derrière un micro prend une place de plus en plus importante dans la vie d’Arcadio. Car, il espère que sa fille aura la même chance que lui de connaître ses racines argentines. Âgée de 3 ans, elle l’a d’ailleurs accompagnée pour la première fois lorsqu’il est retourné voir sa famille pour ses vacances annuelles l’hiver dernier.

« Elle a rencontré mon père. Pour elle, ç’a été un moment fort. Elle semblait comprendre un peu que papa venait d’ailleurs, mais là, elle l’a découvert », raconte Arcadio. 

« C’était magnifique, parce que je revivais aussi mon enfance à travers elle. C’était juste magique. On le vit toujours à travers nos enfants, mais ce côté-là argentin, je trouvais ça cool. Parce que je me rends compte que pour elle, cette assimilation, elle était très naturelle. C’est important pour moi de cultiver ça en elle, cette dualité », décrit-il.

Sans la pousser, il espère qu’elle découvrira son « argentinité » à elle et qu’elle trouvera un équilibre entre ses deux cultures. Puisque pour Arcadio, ces deux sociétés sont très complémentaires et elles permettent de remettre les choses en perspectives.

« Quand on habite à Montréal, quand on a cette tranquillité ici, de retourner dans ce type d’environnement, ça fait toujours un choc. Pour moi, venant de là-bas, c’est quand même un peu nécessaire. Je recharge mes batteries là-bas. Ça fait toujours du bien », analyse Arcadio. 

« Je me rends compte avec le temps que j’adore l’équilibre entre Québécois et Argentin. Ici, on est un peuple super relax, organisé, on est reconnu pour avoir une belle qualité de vie. L’Argentine, c’est un peu plus le bordel. On est un peu plus énervé. Ici, je suis donc un peu plus énervé que la moyenne. En Argentine, je suis peut-être un peu plus relax. Ça fait un bon équilibre », dit-il en rigolant.



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