La femme sénégalaise d’abord

En décrivant la femme sénégalaise, forte, déterminée et attentionnée, la rappeuse Sarahmée dévoile un pan important de ce que représente son pays natal à ses yeux. Ces qualificatifs s’entremêlent tellement à la personnalité de l’artiste qu’il devient même difficile de savoir si elle parle d’elle même ou de la société qui l’a vu naître. Retour sur une puissante rencontre où féminisme et identité prennent l’avant-scène.

Tapis à l’abri du froid de janvier dans son studio de la rue Saint-Hubert à Montréal, Sarahmée nous accueille, sourire aux lèvres, par la petite porte arrière du Ausgang Plaza. Elle nous emmène à l’étage pour nous montrer où la magie s’opère.

Il pleut sur Montréal cette journée-là, pourtant l’ambiance pourrait difficilement être plus chaleureuse dans le modeste studio. Même si c’est Sarahmée qui est interviewée, c’est elle qui fait tout en son pouvoir pour qu’on soit bien. Café, thé, fait-il assez chaud, avez-vous assez de lumière. Malgré son horaire chargé, on sent que c’est important pour elle d’être attentionnée.

Au moment de notre rencontre, cela fait un peu moins d’un an que son second album Irréversible est sorti. Sarahmée est en mode tournée aux quatre coins du Québec.

L’entrevue devait porter sur son rapport à Dakar, au Sénégal, où nous devions être en mars 2021. Mais rapidement, la conversation s’oriente sur la femme sénégalaise.

 

« C’est une société matriarcale. C’est la mère qui run la maison, les enfants, tout ça. C’est certaines valeurs, un reflet de la société, que je voulais montrer », raconte-t-elle en visionnant avec nous son clip Bun Dem tourné là-bas.

Sarahmée a voulu en fait présenter le Sénégal qu’elle connaît, avec ses beautés, mais aussi ses défis, notamment en faisant référence aux mariages forcés de certaines Sénégalaises encore aujourd’hui.

« Beaucoup de femmes dans le monde, de par certaines coutumes ou lois, ne sont pas libres de leurs choix. Ce film célèbre la force des femmes et honore leur droit à disposer de leur corps et de leur avenir », peut-on lire en ouverture du clip.

La vidéo est une véritable bouffée d’émancipation qui transparaît dans le regard de chacune des femmes présentes dans l’oeuvre. Une force qui s’impose particulièrement dans les derniers instants de la chanson où le spectateur est fixé par les protagonistes, jeunes comme plus âgées.

« Je n’aurais pas fait un clip de touristes avec des clichés. C’était très important. Si on fait ça [à Dakar], je veux que les femmes soient à l’avant et la force doit être dedans. » – Sarahmée

 

 

D’ailleurs, la rappeuse passe de longues minutes à encenser les femmes de son clip. De la tante de son ami qui a accepté de paraître à l’écran pour l’aider, à la lutteuse Isabelle Sambou, neuf fois championne d’Afrique, championne du monde en 2009 et qui a terminé 5e aux Jeux olympiques de Londres en 2012. Des femmes fortes et déterminées qui semblent être en harmonie avec le flow et la fougue de la rappeuse.

Lutter pour sa famille

L’histoire d’Isabelle Sambou reste toutefois accrochée plus longtemps au bout des lèvres de Sarahmée. Il s’agit pour elle d’une véritable inspiration et d’un exemple des défis que doivent relever les femmes de son pays natal.

La lutte est une institution au Sénégal, autant chez les hommes que chez les femmes. Dans plusieurs régions du pays, c’est d’ailleurs au coeur des traditions locales. Cependant, même si vous êtes l’une des lutteuses, sinon la lutteuse la plus connue du pays, la gloire n’est pas nécessairement synonyme de succès financier.

Pendant le tournage du clip, il était difficile de joindre l’Olympienne sur son cellulaire. Ce n’était pas parce qu’elle réside habituellement loin de Dakar, la capitale, et que le réseau est mauvais. C’est simplement parce qu’elle n’avait plus de minutes prépayées sur son mobile. Quand il faut choisir entre se nourrir ou son cellulaire, le choix est simple.

Bien évidemment, une fois mise au courant, l’équipe de Sarahmée s’est assurée que Mme Sambou n’ait pas à débourser quoi que ce soit pour sa participation. Mais ce petit exemple démontre toute la détermination de cette femme qui, malgré son succès, connaît les mêmes défis que bien d’autres sénégalaises.

Pour plusieurs jeunes femmes qui ne parviennent pas à joindre les deux bouts, choisir leur rêve devient quasi-impossible. Sans compter qu’il y a éventuellement la question du mariage et du désir de fonder une famille. Mais Isabelle Sambou est l’exemple de ces femmes fortes, déterminées et passionnées, qui ont démontré qu’elles pouvaient réaliser leur rêve tout en ayant une famille.

« Ce qui est souvent dommage, c’est que les gens ne connaissent pas l’Afrique que moi je connais, où que les gens qui ont vécu connaissent. Ça va être très «vision mondiale». Dans le drame, toujours la pauvreté, les trucs extrêmes. Oui, il y a la pauvreté, mais il y a tellement de richesse là-dedans aussi. Les femmes sont incroyables », présente la rappeuse.

En quatre minutes huit secondes de clip, on se retrouve donc avec un récapitulatif imagé de la femme sénégalaise: forte, déterminée, attentionnée. Et tout au long de l’entrevue, il est difficile de ne pas voir les liens évidents avec la personnalité et le style de Sarahmée, forte, déterminée et attentionnée.

C’est avec fierté qu’elle nous parle du Sénégal. C’est avec force qu’elle apparaît à l’écran au milieu du désert habillé par un tailleur local. C’est avec détermination qu’elle est parvenue à retourner chez elle, à Dakar, des années après y avoir écrit ses premiers verses un peu explicite à 13 ans, pour tourner un hymne puissant en l’honneur des femmes qui l’entourent.

« Le Sénégal, dans ma création, est très présent. Mon premier album, c’était un retour sur mes années au Sénégal, mon adolescence », explique Sarahmée.

« Le deuxième album, c’est plus de l’affirmation. Je me suis dit je vais faire ce qui me représente et c’est irréversible, soit dans les vêtements que je porte, dans mes clips ou quand je fais des performances. Je pense que j’ai un besoin de m’affirmer et ça fait partie de mon identité », ajoute-t-elle.



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