Vivre avec le meilleur de ses deux mondes

Une vingtaine d’années après son arrivée au Québec, Gopinath Jeyabalaratnam a conservé très peu de souvenirs du Sri Lanka de son enfance. Mais cela ne l’empêche pas de s’ennuyer de son pays. Heureusement, il n’a qu’un étage à descendre pour retourner instantanément dans la patrie qui l’a vu naître.

Depuis quelques années, Gopinath a en fait décidé de retourner habiter avec ses parents, cette fois-ci, dans une maison intergénérationnelle de Montréal.

« C’est un choix que j’ai fait. Je voulais pas avoir mes parents trop loin. C’est une partie de moi que je ne voulais pas laisser », avoue-t-il.

Comme il a quitté le Sri Lanka très jeune, Gopinath a surtout connu son pays d’origine par les souvenirs de ses parents. Arrivé à l’âge de 4 ans au Québec, avec sa mère et son frère cadet, son premier souvenir d’enfance est en fait celui d’atterrir à Montréal.

À ce moment, il connaît aussi très peu son père, que lui et sa famille venaient rejoindre. Cet homme, qui l’avait bercé jusqu’à son premier anniversaire, était venu préparer le terrain afin d’accueillir toute la famille au Canada.

Pour qu’il n’oublie jamais ses origines, les parents de Gopinath insistaient tous les jours pendant son enfance pour lui donner des cours de langue et lui parler de l’actualité sri lankaise.

« C’était important [pour mes parents aussi] de me mettre en contact avec ma famille, pour pas que je les oublie et pour pas qu’eux autres m’oublient », lance Gopinath Jeyalabaratnam. 

« Chaque fois qu’ils avaient l’occasion, ils me faisaient parler avec eux. Au début, je trouvais ça un peu lourd mais maintenant je le fais avec plaisir parce que c’est [devenu] une partie de moi », ajoute-t-il.

Trouver le juste équilibre

Tout ça, c’est le fruit d’une éducation sri lankaise, parfois stricte, parfois religieuse, que ses parents lui ont donnée, avec de fortes valeurs familiales. Mais le jeune homme, maintenant près de la trentaine, a longtemps été tiraillé entre ce qu’il voulait être et ce qu’on lui avait appris à être.

« Tout mon primaire, je l’ai fait à Parc-Ex et c’était juste des immigrants comme moi. Alors, j’ai pas vraiment connu de Québécois avant que je rentre au secondaire dans Hochelaga-Maisonneuve, explique-t-il. À partir de ce moment-là, j’ai commencé à découvrir la façon de vivre québécoise, la culture d’ici. J’ai [alors] commencé avoir un tiraillement entre qui je suis à la maison et qui je veux être quand je suis à l’école. »

Ce questionnement intérieur culminera à ses premières années d’université. Il réalise alors que les champs d’intérêt qui ont marqué sa jeunesse dans une maison très sri lankaise, notamment la religion, ne sont pas exactement ceux de son entourage montréalais.

Puis, chacune de ses visites au Sri Lanka, pour voir sa famille, devient une preuve tangible de la dualité qui l’habite. « Je suis comme une noix de coco, brun à l’extérieur et blanc à l’intérieur. Je me sens beaucoup plus ici chez moi, au Québec, qu’au Sri Lanka », rigole-t-il.

Mais avec l’âge, comme s’il avait besoin de se rééquilibrer intérieurement, il est devenu de plus en plus évident pour Gopinath que la présence de ses parents dans sa vie ne marquait pas une scission entre ses deux mondes, mais favorisait plutôt un sain équilibre dans son esprit.

L’idée de la maison intergénérationnelle est donc venue rattacher en un seul lieu, ses deux mondes.



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