Madrid, ville désertée

Épicentre de la pandémie en Espagne au printemps dernier, Madrid a gardé une mauvaise réputation malgré son déconfinement. Ses rues sont vides, ses terrasses abandonnées. Et alors qu’une deuxième vague plane sur la capitale espagnole, la ville semble avoir été tout simplement désertée.

Il suffit de quelques pas sur les grandes artères pour le réaliser. Dans les quartiers centraux comme dans les secteurs plus résidentiels, les passants sont rares et la circulation est anémique. Dans les cafés et les restaurants, les terrasses sans âmes aux tables éloignées rappellent que la COVID est toujours présente.

Avec plus de 6000 nouveaux cas rapportés au pays jeudi et vendredi dernier, le spectre d’une deuxième vague fait ombrage au chaud soleil d’Espagne.

Le vide est particulièrement apparent dans le centre-ville de Madrid, où le silence est roi. La Plaza Mayor, généralement remplie de touristes, est sans vie et la Gran Via, une des principales artères de la capitale n’attire guère plus d’attention. Seul le son des pas des quelques travailleurs du coin résonne sur les murs, loin du bruit incessant du trafic habituel.

« Depuis le 1er août, c’est un peu le désert. Il n’y a presque pas de voitures, pas de trafic. Et ça, c’est le signal que les résidents sont partis », indique Gonzalo Medina, un livreur à vélo.

« C’est assez ennuyant en ce moment », ajoute un commerçant d’une boutique souvenir tout près du Palais Royal.

Le soir venu, une fois la chaleur tombée, Madrid reprend un peu vie. Les familles pique-niquent dans les parcs, les amoureux se retrouvent pour un verre et les jeunes déambulent dans les rues, téléphone à la main.

Ce n’est toutefois pas suffisant pour redonner de l’envergure à la capitale espagnole, qui compte habituellement une densité de population de plus de 550 habitants par Km2 et une communauté métropolitaine de plus de 6 millions d’habitants, selon les chiffres de 2019 de l’Institut de la statistique. Et avec le resserrement des règles depuis vendredi entourant les rassemblements, les terrasses et la fermeture complète des bars et discothèques, la vie sociale espagnole ne reprendra pas de sitôt.

Peur d’être coincé en ville

Pour les locaux, une triangulation de phénomènes, tout liés à la COVID, explique le vide laissé sur Madrid.

Il y a d’abord le fait que le mois d’août est généralement le mois réservé aux vacances. Mais cette année, plusieurs n’ont pas attendu pour quitter la capitale en quête de grand air après un dur confinement et avant un potentiel prochain. De plus, aucun visiteur n’est venu remplacer les Madrilènes dans la ville.

Selon les plus récentes données nationales, le pays a vu son achalandage touristique diminuer d’un peu plus de 97%.

« Ceux qui étaient ici sont partis et personne d’autre n’est venu. Les Espagnols, les Basques, les Catalans, les Asturiens, les Galiciens, venaient habituellement en août. D’abord, Madrid a une mauvaise réputation. Un peu de peur en raison de la COVID. Donc, le tourisme intérieur ne fonctionne pas. Et je ne te parle même par de celui extérieur », explique Jordin, le propriétaire du Café Tatiana situé au coin de la Plaza del Dos de Mayo dans le quartier Malasaña.

Puis, parmi les travailleurs restés à Madrid, tous n’ont pas nécessairement les fonds pour reprendre les sorties. Malgré le déconfinement, la Communauté autonome est d’ailleurs l’une des seules régions au pays où le taux de chômage est toujours en progression.

« Les gens restent à la maison ou vont à la piscine, comme ils n’ont pas beaucoup d’argent et qu’ils n’ont pas beaucoup travaillé [pendant la COVID]. Il y a beaucoup de gens qui ont perdu leur travail. Tout ça, ça compte », analyse de sa terrasse une serveuse de la Pizzeria Sandos, plus loin sur la Plaza.

Finalement, avec les règles [re]mises en place pour limiter la propagation du virus face à la nouvelle vague, difficile de reprendre une quelconque vie normale.

« Il y a beaucoup de gens aussi qui ont peur de sortir en raison de la COVID. Même avec les règles, les gens ne veulent pas venir », renchérit la serveuse.

Le masque est obligatoire partout en ville, et ce, en tout temps. La distanciation physique de 1,5 m est aussi exigée. De plus, le nombre de personnes dans les restaurants est limité et les terrasses doivent fermer à 1h00 depuis vendredi, ce qui est très tôt lorsque ce n’est qu’une fois la chaleur tombée que les ventes sont plus intéressantes.

« Les gens qui restent voudraient venir sur les terrasses, mais avec les horaires c’est compliqué », explique Jordin.

« En été, il n’y a pas beaucoup de monde le jour. La soirée, quand la température baisse, c’est là que les gens sortent. Mais avec les horaires limités qu’on a en ce moment, ça ne nous donne pas beaucoup de temps pour travailler », ajoute-t-il en guise d’explication pour l’absence de vie dans sa ville.

En attendant, Madrid a lancé une campagne sur les médias sociaux pour amener les locaux à découvrir leur ville. Dans l’espoir de faire tenir l’économie, principalement des zones touristiques, des visites guidées thématiques sont aussi offertes à faible coût. Avec un peu de chance, elles permettront à la Ville de tenir en attendant le retour des Madrilènes et le départ espéré du coronavirus.



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